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PALMARES DE LA FONDATION PRINCE PIERRE

Monaco - 9 octobre 2007

Le Palmarès 2007 de la Fondation Prince Pierre vient d’être proclamé :

- Lauréat du Prix Littéraire :

Jacques-Pierre AMETTE - Un été chez Voltaire , Albin Michel 2007


- Lauréat de la Bourse de la Découverte :

Carole MARTINEZ - Le cœur cousu , Gallimard 2007


- Lauréat du Prix de Composition Musicale :

Georges APERGHIS - Wölfli-Kantata - 2006

- Lauréat du Prix International d’Art Contemporain

Candice BREITZ - Mother and Father - 2005

Prix Littéraire

Jacques-Pierre AMETTE - Un été chez Voltaire , Albin Michel 2007

Né en 1943 à Saint-Pierre-sur-Dives (Calvados), Jacques-Pierre Amette est romancier, nouvelliste, dramaturge, journaliste, critique littéraire, biographe et scénariste...

Amoureux de Baudelaire, Hölderlin et Proust, il grandit parmi les livres et sa passion pour la littérature le conduit à publier son premier roman à vingt-deux ans, Le congé (1965). Son livre est remarqué par la critique et, très vite, il est engagé à La Nouvelle Revue française avant de devenir directeur de collection au Mercure de France. En 1972, il entre au Point et écrit des pièces de théâtre pour France Culture. Il se fait également scénariste pour la télévision mais c’est à ses talents de romancier qu’il doit ses plus grands succès.

En 1986, il reçoit le Prix Roger Nimier pour son récit Confessions d’un enfant gâté où Amette témoigne d’une génération désenchantée : «  nous fabriquions de la mélancolie comme nos aînés ont fabriqué de l’utopie  »

Amoureux de sa région natale à laquelle il a consacré plusieurs romans, dont le très personnel Jeunesse dans une ville normande (1981), Jacques-Pierre Amette y revient toujours, pour affronter les pièges de la mémoire comme dans L’Après-midi (1987), La peau du monde (1992) ou Les deux Léopards (Prix Contre-point 1997) où il met en présence une artiste, dénoncée durant la Seconde Guerre mondiale, et son délateur sur fond de Normandie repeinte aux couleurs du romantisme allemand.

Bilingue, Jacques-Pierre Amette témoigne aussi d’un attachement profond pour l’Allemagne. Il multipliera, autant que cela lui sera possible, les voyages outre-Rhin (Pforzheim, Hambourg, Berlin...). Mais c’est surtout aux grands auteurs de ce pays qu’il voue une véritable admiration et, plus particulièrement, à Hölderlin (il passera un été entier à Tübingen à la découverte des lieux où vécut le poète) sur lequel il écrira L’adieu à la raison , ou le voyage de Hölderlin en France (1993), et à Bertold Brecht. De ce dernier, il aime par dessus tout son Journal de travail  : «  J’emprunte parfois son cigare pour me donner du courage, et je lis son journal pour écrire ce que je vois, je sens, sans céder aux modes, ni tricher  ». Brecht que l’on croise dans son roman Province (1995) et que l’on retrouve bien évidemment dans La maîtresse de Brecht (2003).

Dans ce roman, qui lui valu le Prix Goncourt, Amette donne le fascinant portrait de deux personnages pris en étau dans l’atmosphère saisissante de la guerre froide. Il y dépeint le dramaturge, de retour d’exil, fatigué, malade mais habité de l’ardeur de l’écriture et du théâtre. Le romancier « connaît tout de Brecht, et tout de ce Berlin de l’après-guerre. Le lecteur peut le suivre. Quiconque a vécu dans cette ville revoit à travers ce roman tout ce qu’il connaît. Il entre au club de la Mouette, au Berliner Ensemble, comme il entre dans la personnalité complexe du dramaturge. Et plus encore, peut-être, dans celle de cette femme dont Amette a su faire une vraie "maîtresse de Brecht". » (F.Mathieu et A.Nicolas, L’Humanité du 23 octobre 2003)

Parallèlement à son travail de romancier et de journaliste, Amette continue à écrire pour le théâtre : Les environs de Heilbronn (1989), La Waldstein (1991), Le mal du pays (1992), Appassionata (1993)... En 1993, il reçoit le Prix CIC du Théâtre pour sa pièce, Passions secrètes, crimes d’avril , jouée au Théâtre Montparnasse. Plusieurs de ses pièces ont été traduites (anglais, allemand, tchèque,...) et mises en scène à Londres, New York, Vienne... En 2005, il publie Le tableau de Poussin où l’on retrouve tous les thèmes chers à Amette : la Normandie, le souvenir, les amours ratées et la comédie sociale.

Jacques-Pierre Amette vient de publier Un Été chez Voltaire (Albin Michel, janvier 2007), où il fait revivre avec brio la vie au château de Ferney : Eté 1761, Voltaire reçoit deux ravissantes comédiennes italiennes venues répéter Le Fanatisme ou Mahomet , pièce écrite vingt ans auparavant et fort critiquée alors. Après les répétitions, les nuits tièdes portent aux jeux, au libertinage, aux confidences brûlantes. Pendant ce temps, non loin de là, Rousseau triomphe avec La Nouvelle Héloïse , qui condamne ce divertissement infâme : le théâtre...

Roman d’ambiance, où le personnage principal n’est évoqué qu’en filigrane, par petites touches malicieuses, Un été chez Voltaire est jonché de situations cocasses, de dialogues enlevés et caustiques souvent inspirés de la correspondance de l’auteur. « On retrouve dans le Voltaire passionné, fantasque de Jacques-Pierre Amette, l’esprit, l’élégance, l’ironie des romans du XVIIIe siècle. Mais aussi une réflexion d’une prodigieuse actualité sur le fanatisme. » (Mot de l’éditeur)

Bourse de la Découverte

Carole MARTINEZ

Le cœur cousu

(Gallimard, 2007)

Prix Ouest-France Etonnants Voyageurs

« Écoutez, mes sœurs !

Écoutez cette rumeur qui emplit la nuit !

Écoutez... le bruit des mères !

Des choses sacrées se murmurent dans l’ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d’épices, magie et recette se côtoient.

Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées. Onctueuses larmes au palais des hommes ! »

Frasquita Carasco a une réputation de magicienne. Ses dons se transmettent aux vêtements qu’elle coud, aux objets qu’elle brode : les fleurs de tissu créées pour une robe de mariée sont tellement vivantes qu’elles faneront sous le regard jaloux des villageoises ; un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d’un papillon qu’il s’envolera par la fenêtre ; le cœur de soie qu’elle cache sous le vêtement de la Madone semble palpiter miraculeusement...

Frasquita a été jouée et perdue par son mari lors d’un combat de coqs. Réprouvée par le village pour cet adultère, la voilà condamnée à l’errance à travers l’Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang, suivie de ses marmots eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels... Le roman fait alterner les passages lyriques et les anecdotes cocasses ou cruelles. Le merveilleux n’est jamais forcé : il s’inscrit naturellement dans le cycle tragique de la vie. (Quatrième de couverture)

« Trois pages et on a compris : l’affaire est sérieuse. C’est du premier roman comme on en lit peu, avec une écriture puissante et un lyrisme frappant. L’auteur, sans doute proche du « réalisme magique », puise dans le registre du merveilleux et de la superstition pour ajouter de la force à chaque personnage, fût-il secondaire. Si bien qu’on pourrait découper des histoires dans l’histoire, notamment autour de la figure de l’ogre - spectaculaire. Pleinement absorbé par le destin de Frasquita et des siens, le lecteur songe à Camus : il faut bien du désespoir de vivre pour aimer la vie. Ce Cœur cousu , qui ne faiblit pas au cours des 400 pages, est simplement grandiose. » (Anne Crignon, Le Nouvel Observateur - 2215 - 19/04/2007)

« Roman où s’écoule le sang, roman de transmission, livre sacré et païen comme l’Espagne, Le cœur cousu est un chant magnifique, sensuel et violent. C’est l’invention d’une forme pour écumer le fond du cœur. Une question de littérature. » (Stéphane Guibourgé, Le Figaro magazine du 10 mars 2007)

Prix de Composition Musicale

Georges APERGHIS Wölfi Kantata

Georges Aperghis Wölfi Cantata

pour chœur mixte et ensemble vocal

Né à Athènes en 1945, Georges Aperghis étudie la musique et le piano dans sa Grèce natale, presque en autodidacte, sa formation première étant la peinture. Venu à Paris en 1963 et contraint d’y rester pour échapper à la dictature des colonels, il y entreprend des études musicales et y suit des cours de direction d’orchestre et de percussion. Il est aussi l’élève de Iannis Xenakis, qui l’initie aux « mystères » des techniques ultramodernes.

Impressionné par Sur scène de Mauricio Kagel, Aperghis s’oriente vers le théâtre musical et rencontre Antoine Vitez pour qui il compose de nombreuses musiques de scène : de la Phèdre de Racine créée au Théâtre d’Ivry en 1973, jusqu’aux derniers spectacles ambitieux de Chaillot, le Faust et Rangda en 1987 ou le Tombeau pour cinq cent mille soldats de Guyotat. Autant d’œuvres âpres, tendues, d’une écriture et d’une forme souvent traditionnelles (pour la voix, le quatuor à cordes...), aux antipodes des sophistications ou des radicalisations contemporaines.

La musique de Georges Aperghis dépasse toujours le cadre strict du concert pour basculer dans l’histoire, à la manière d’un conteur extra-occidental dont la musique n’est qu’un véhicule, un moyen de communiquer.

Même s’il compose quelquefois des œuvres purement musicales, Aperghis ne peut échapper au théâtre : en 1976, il fonde l’ATEM (Atelier Théâtre et Musique) à Bagnolet. La troupe émigre en 1991 aux Amandiers de Nanterre et y crée plusieurs spectacles qui dynamitent allégrement les genres. De la mise en abîme de mots commençant par la lettre H (1992) à la langue du XVIème siècle qu’il pratique avec gourmandise ; de la magie balinaise et du jeu de gamelan, qui érige le concert à la dignité d’une expérience religieuse, à son opéra Tristes Tropiques , d’après l’ouvrage autobiographique de Claude Levi-Strauss, Georges Aperghis s’impose aujourd’hui comme le compositeur le plus marginal mais aussi le plus humain de son époque.

Depuis 1997, Georges Aperghis a décidé de mener un parcours plus solitaire en quittant la direction de l’ATEM. Il se consacre davantage à l’écriture et poursuit parallèlement un travail scénique, notamment à Strasbourg où il a été compositeur en résidence en 1997 et 1998 et à Munich où il crée un spectacle inspiré par Goethe, Kafka et Klee en 1999, Zwielicht .

Parmi ses œuvres récentes citons Machinations (2000), spectacle musical pour quatre voix et un ordinateur et surtout Die Hamletmaschine Oratorio (2000), qui est sans doute la plus aboutie et la plus significative de ses préoccupations actuelles. En 2002, il revient à Heiner Müller avec Paysage sous surveillance pour 2 comédiens, 2 claviers, 2 violoncelles et 2 synthétiseurs avant de signer un nouvel opéra Avis de tempête en 2004.

Wölfi Kantata , œuvre en cinq mouvements sur des textes d’Adolph Wölfi, pour chœur mixte et ensemble vocal (6 solistes), a été créée le 22 juillet 2006 à Stuttgart par les Neue Vocalsolisten Stuttgart et le SWR Vocalensemble de Stuttgart. C’est une commande du Südwestrundfunk de Stuttgart et du Festival Musica Strasbourg.

« Cette cantate a capella s’inspire du travail textuel et pictural d’ Adolf Wölfli et développe certaines pulsions qui s’y trouvent (remplissage excessif et compulsif de l’espace, énumérations de chiffres, inventaire, répétitions rituelles, détails agrandis inconsidérément, surchargés, détournés sans cesse de leur sens premier, polyphonies saturées ...) tout en gardant une distance, une ”harmonie", qui canalise ces débordements et proliférations. Il s’agit donc d’architectures créant des espaces fictifs, parfois reconnaissables, se combinant entre eux d’une manière furtive et éphémère. Ces figures musicales essaient d’y trouver leur chemin comme dans un labyrinthe, puis finissent par tout envahir, abolissant ainsi le silence, instaurant un fonctionnement organique mais indolore. » (Georges Aperghis)

La Wölfli Kantata se divise en 5 parties :

-  Petrrohl pour 6 voix solistes
-  Die Stellung der Zahlen pour chœur mixte
-  Vittriool pour 6 voix solistes
-  Trauer-Marsch pour chœur mixte
-  Von der Wiege bis Zun Graab pour solistes et chœur.

Durée : environ 60 minutes

Prix International d’Art Contemporain

Candice Breitz

Candice Breitz est née en 1972 à Johannesburg. Elle vit et travaille à Berlin.

Sur la scène artistique contemporaine Candice Breitz apparaît comme un symptôme de notre époque.

Sud africaine, Candice est une enfant du sample, du mixage, des effets spéciaux. Elle s’impose en papesse de toutes les techniques de postproduction. Elle manipule avec excellence les échantillons de séries télévisées, de blockbusters, de films hollywoodiens. Elle les découpe, les pose bout à bout, ou leur fait jouer la scène à répétition, interprète et joue avec leurs messages. Elle taille et met en exergue, dans cette dense matière première, la machinerie médiatique dominante, les valeurs bafouées et confuses.

Au final, les vidéos installations de Candice Breitz jouent l’humour noir et autres tactiques déconcertantes pour dénonce les stéréotypes de la culture pop, du consumérisme, des mass médias, leurs identifications, leurs dérives.

Son œuvre Mother and Father, est lauréate du Prix International d’Art Contemporain 2007 décerné par la Fondation Prince Pierre de Monaco.

Une exposition présentant l’œuvre lauréate et une œuvre se tiendra du 10 octobre au 25 novembre 2007 dans la Salle du quai Antoine Ier à Monaco.

Candice Breitz

Mother+Father, 2005

Deux installations de six chaînes

Durée de Mother - 13 minutes, 15 secondes

Durée de Father - 11 minutes

Ed. 5 + A.P.

Sur un fond de toile noire et austère, adossée à une structure semi-circulaire de six écrans plasma, six actrices hollywoodiennes, se convulsant les unes contre les autres, s’adonnent avec passion aux rites de la maternité. Sur une seconde installation parallèle, six acteurs, tout aussi reconnaissables, accomplissent les gestes de la paternité. Les écrans plasma opèrent comme des vitrines à l’intérieur d’un musée d’histoire naturelle, mais au lieu de mettre en cage des animaux naturalisés, ils abritent des fragments de Faye Dunaway, Diane Keaton, Shirley MacLaine, Julia Roberts, Susan Sarandon et Meryl Streep ( Mother, 2005) ; ainsi que des fragments de Tony Danza, Dustin Hoffman, Harvey Keitel, Steve Martin, Donald Sutherland et Jon Voight ( Father, 2005).

Extraits de leurs films respectifs grâce au numérique, les membres de la distribution de Mother et de Father sont libérés de leurs fioritures habituelles, libres de jouer deux nouveaux drames écrits par Candice Breitz. N’étant plus au service de la Maison d’Hollywood - leurs ficelles sont maintenant tenues fermement par Candice Breitz - les vedettes de cinéma qui ont été enlevées, sont incitées et poussées à travers deux scenarii étroitement chorégraphiés. Nicolas Bourriaud a décrit la distribution d’acteurs dans les installations de Breitz comme des « images d’otages » : « Dans la mesure où ils sont très en vue, leur travail

consiste à vendre leur corps, leur main d’œuvre sur la chaîne de montage des images industrielles. Breitz les utilise comme des produits et les fait travailler sur un établi différent ». Les acteurs ressortent de sa table de mixage comme recyclés et emprisonnés dans une mise en scène dramatique, apparaissant sur leur écran respectif de façon rythmique et obsessionnelle, en se réunissant maintenant brièvement en des instants de cohérence narrative, pour ensuite se livrer à des scènes folles, dans lesquelles leurs interprétations de la maternité et de la paternité sont tout aussi absurdes que névrosées. Si les acteurs peuvent être considérés comme des instruments, Breitz joue avec eux comme jamais ils ne l’ont été auparavant, obtenant d’eux, en les amadouant, un scénario d’opéra qui catalogue et pille les valeurs que le divertissement populaire a tendance à implanter.

Nulle part ailleurs ces valeurs ne sont mieux personnifiées que dans les rôles principaux et normatifs interprétés par les Mères et les Pères qui peuplent les scenarii des superproductions : la mère faisant preuve d’abnégation et qui est dans un état perpétuel d’hystérie (« Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par amour pour toi ! »), ou le père surprotecteur qui se dédie à la préservation éternelle de la virginité de sa fille (« Aucun garçon ne rentre dans cette maison et emmène ma fille où que ce soit, à moins que je ne sache qui il est, où il vit et qui sont ses parents... »). Le langage prémâché débité par le doublon Mather and Father de Breitz rappelle par moment, sur un ton nostalgique, les paroles de la chanson qui se font passer avec désinvolture pour des passages de romans de Brett Easton Ellis. D’un autre côté, lorsqu’ils répètent la rhétorique habituelle et irritante de la vie familiale, les parents rapportés de Breitz peuvent parfois mettre autant nos nerfs à vif que les membres de la famille doués d’une patience à toute épreuve décrits par Jonathan Franzen dans Les Corrections.

Mais, au-delà d’une dissection intelligente de la vie familiale (comme nous la connaissons des films que nous regardons, des livres que l’on lit, d’ailleurs de nos propres vies), Breitz nous offre la maternité et la paternité comme une métaphore de la relation entre la star et le fan. Car les parents ne sont-ils pas les modèles que leurs enfants cherchent à imiter ? Et n’est-ce pas le cas de l’industrie du divertissement qui cherche de plus en plus à usurper les rôles de la maternité, et de la paternité, pour soi même, avec des jeunes téléspectateurs visant, de plus en plus, à imiter les modèles projetés par l’écran argenté ? En empiétant sur le rôle traditionnellement joué par le parent, les médias cherchent et parviennent, de plus en plus, à obtenir le même effet que ce dernier désire : la reproduction de ses propres valeurs sociales et de sa conscience politique. Hollywood est composé - et les œuvres de Breitz semblent le suggérer - d’une distribution de personnages autoritaires qui façonneraient et mouleraient les téléspectateurs à leurs propres images. Cependant, elle semble laisser entendre qu’il n’y a nul besoin de se passer complètement de cette culture ; mais qu’il est plutôt impératif d’éviter de la consommer comme un produit fini, et de la traiter, à la place, comme une simple matière première.

Breitz n’est ni prête à capituler devant les attaques des valeurs assénées par les médias contre lesquelles elle lutte dans son travail, ni assez arrogante pour occuper une place souveraine immunisée contre ces valeurs. D’une part, lorsqu’elle saisit les rênes d’Hollywood, elle semble nous offrir la chance de mettre en scène, plutôt que d’être mis en scène, une chance de regarder le spectateur d’en haut, au lieu de rester constamment l’objet de son regard paralysant, une chance enfin de tirer les ficelles. D’autre part, lorsque les échantillons d’acteurs se contractent maladroitement et se tordent au travers de ses scénarii, on sent que la relation entre Breitz et ses acteurs n’est pas tant une relation entre un marionnettiste omnipotent et ses marionnettes qu’une lutte acharnée visant à déterminer qui des deux donnera en définitive un sens : ceux qui font les films ou ceux qui les regardent ?

La distribution de Mother est composée de Faye Dunaway, Diane Keaton, Shirley MacLaine, Julia Roberts, Susan Sarandon et Meryl Streep, tandis que Father met en scène Tony Danza, Dustin Hoffman, Harvey Keitel, Steve Martin, Donald Sutherland et Jon Voight.

2007-10-10 09:35:26