15/06/2004
Monaco - 15 juin 2004
Le Palmarès 2004 de la Fondation Prince Pierre vient d'être proclamé par S.A.R. la Princesse de Hanovre.
Lauréat du Prix Littéraire
Philippe BEAUSSANT
Musicologue et romancier français, Philippe Beaussant est né le 6 mai 1930 à Caudéran (Gironde). Il a d’abord enseigné en France et en Suisse avant d’être professeur de littérature française à l’université d’Australie du Sud, en 1965. En même temps, il fait des tournées de concerts et crée l’ensemble instrumental et vocal The Armidian Players, qui se consacre à la musique française baroque.
En 1977, il fonde l’Institut de musique et danse anciennes, qui donne lui-même naissance à plusieurs ensembles aujourd’hui internationalement reconnus, tels que La Chapelle Royale et la troupe de danse Ris et danceries.
Producteur à Radio-France/France Musique depuis 1974, Philippe Beaussant a assuré de nombreuses émissions, en particulier dans le cadre du Matin des Musiciens.
Depuis un premier livre sur l’art roman, Le Jeu de la pierre et de la foi (1962), l’œuvre de Philippe Beaussant s’étend dans deux directions distinctes, la fiction romanesque d’une part, la musicologie d’autre part. De la première relèvent Le Biographe (1978), L’Archéologue (1979) et La Belle au bois (1990). De la seconde, une série d’ouvrages tous consacrés - à l’exception de Musique et danse au Cambodge (1971) - à la musique française des XVIIème et XVIIIème siècles : Versailles-Opéra (1982), Rameau de A à Z (1983), François Couperin (1986), et, plus récemment, Vous avez dit « baroque » ? (1988), Vous avez dit « classique » ? (1991) et Lully ou le Musicien du soleil (1992).
Philippe Beaussant apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux acteurs de la renaissance de la musique baroque en France, ces vingt dernières années.
En 1999, Philippe Beaussant publie Stradella, roman musical digne d’Alexandre Dumas. Dans l’Italie du XVIIe siècle, un musicien de génie nommé Alessandro Stradella s’éprend de son élève, Ortensia, la surdouée qu’il souffle à son protecteur et fait passer pour un castrat. Au passage, l’auteur tire son chapeau aux peintres de l’époque, nous glisse ses propres réflexions et s’interroge sur l’œuvre en cours.
Avec Le Roi Soleil se lève aussi (2000), Philippe Beaussant s’intéresse à nouveau à un personnage illustre auquel il avait déjà consacré un essai en 1999 : Louis XIV artiste.
Comment s’élabore la conscience de soi d’un roi ? Telle est l’interrogation fondamentale qui hante le romancier. Pour l’homme du XVIIe siècle le moi social et le moi profond se confondent à un tel point que la question ne se pose guère. L’interrogation de Philippe Beaussant est donc moderne. Elle est celle d’un homme qui entend résoudre l’énigme de ce XVIIe siècle en espérant secrètement trouver les clés de son propre temps. Sa réflexion sur l’Histoire se double d’une interrogation sur les enjeux de notre société.
En 2002, Philippe Beaussant revient à la musicologie avec Le Chant d’Orphée selon Monteverdi où il décortique le mythe d’Orphée et ses avatars et nous introduit dans le miracle montéverdien, cette apparence de naturel qui jaillit pourtant d’une écriture extrêmement diversifiée, où la polyphonie la plus complexe côtoie la mélodie la plus dépouillée.
En 2003, Philippe Beaussant fait paraître Le rendez-vous de Venise, roman de facture classique et de tonalité fortement romantique. Charles, extraordinaire historien de la peinture, n’a toujours vécu que pour la peinture, y trouvant plus qu’une manière de vivre, son oxygène, sa respiration. A sa mort, Pierre classe toutes ses notes et tombe sur un carnet où l’oncle raconte une passion d’un mois. Le roman est l’histoire de cette passion. Mais, au-delà de l’histoire, il y a l’art qu’a Philippe Beaussant de parler et de faire vivre la peinture.
Lauréat du Prix de Composition Musicale :
DE PABLO Luis (Espagne)
Frondoso misterio
Concerto pour violoncelle et orchestre
« Né en 1930 à Bilbao (Espagne), Luis de Pablo a commencé très jeune ses études musicales, puis a étudié le droit à l'université Complutense de Madrid, dont il a été diplômé en 1952. Intéressé par les formes les plus modernes de l'art et ayant une vocation musicale, Luis de Pablo, alors avocat, entreprend de compléter sa formation par l'étude personnelle et intense des principales partitions du XXe siècle, tout en s'exerçant, en autodidacte, à la composition. A la fin des années 50, il abandonne le droit et commence à présenter ses oeuvres. En 1958, il fonde avec Ramón Barcé le groupe Nueva Música, auquel participe également Cristobal Halffter.
Dans les années 60, tout en continuant à composer, il développe une intense activité pour la promotion de la musique moderne dans son pays : conférencier, analyste (notamment des oeuvres de Webern), traducteur de la biographie de Schoenberg par Stuckenschmidt et des principaux écrits deWebern, alors inédits en Espagne. Editeur, fondateur des concerts «Tiempo y Música» en 1959 (où seront créés en Espagne Le Marteau sans maître et les trois sonates pour piano de Boulez, ainsi que Zeitmass de Stockhausen) et du groupe «Alea» en 1965, premier studio électroacoustique espagnol. Il organise également les concerts des «Jeunesses musicales» de 1960 à 1963 et une biennale de la musique contemporaine à partir de 1964.
Par cette activité et ses oeuvres, Luis de Pablo a sorti l'Espagne de l'isolement culturel où l'avait plongée le franquisme, il a introduit le sérialisme dans un pays où la musique s'était arrêtée depuis la guerre civile à l'esthétique folklorisante de Pedrell ou de Falla, et a réussi à imposer la jeune musique espagnole sur la scène internationale : Darmstadt, Donaueschingen et Paris.
Lui-même se rend à Darmstadt au début des années 60, il y rencontre Bruno Maderna, Pierre Boulez, György Ligeti, Karlheinz Stockhausen, puis va à Paris pour y suivre les cours de Max Deutsch, ancien élève de Schoenberg. La musique de Luis de Pablo reflète alors les tendances de toute une génération qui tente de renouveler le sérialisme par l'usage de l'aléatoire.
En 1972, il organise les «Rencontres de Pampelune», festival de musique, théâtre, cinéma et d'arts plastiques, apothéose de son activité de défenseur de l'art nouveau en Espagne. Mais expérience personnelle difficile puisqu'il est accusé par les franquistes de faire la part trop belle à un «art de gauche», et par l'ETA d'être un suppôt du régime (l'un des mécènes de ce festival sera d'ailleurs enlevé par l'ETA, et la manifestation arrêtée en raison d'attentats à la bombe). Luis de Pablo est alors contraint à l'exil, aux Etats-Unis tout d'abord (il enseigne à l'université de Buffalo), puis au Canada (professeur à l'université d'Ottawa et à celle de Montréal). Il retourne en Espagne, à Madrid, où il vit toujours, à la mort de Franco.
Ses nombreuses activités de conférencier, d'organisateur de concerts ou de conseiller [directeur du festival de Lille en 1982, directeur de la diffusion de la musique contemporaine au ministère de la Culture espagnol (1983), membre du comité pour le projet de l'Opéra-Bastille (1984), etc.], ne l'ont pas empêché de produire une oeuvre impressionnante (plus de 130 opus). Récompensé par d'innombrables prix, commandes internationales et concerts monographiques, son oeuvre s'est peu à peu dégagée de toute influence, pour trouver dans l'utilisation des traditions musicales non européennes une source d'inspiration harmonique et mélodique originale.
Sa musique est fondée sur le respect envers toutes les formes d'art, si éloignées soient-elles, si dissemblables apparemment, et entre lesquelles il excelle à dévoiler des similitudes, tout en souhaitant qu'elles conservent à jamais leur authentique différence. Parmi ses pièces, on trouve des hommages à Tomas Luis de Victoria, Claude Debussy, Beethoven, Schoenberg, Mompou, la musique iranienne, le nô, la flûte mélanésienne, et des textes de Vicente Aleixandre, de Pessoa, d'Ibn Gabirol, de Góngora, de Leopardi, les Epigrammes de Martial, des écrits aztèques... C'est la malle d'un «circumnavigateur» des cultures.
La découverte du monde infiniment varié des musiques ethniques a été pour lui une véritable révolution copernicienne, qui prive de fait la musique occidentale de cette place centrale qu'elle s'est toujours accordée. Loin de regretter qu'elle ne soit plus au centre, il se réjouit de pouvoir mêler sans plus de hiérarchie toutes les traditions dans le melting pot de son oeuvre. Aucun éclectisme pourtant, car si les sources sont disparates, la technique, elle, est unificatrice.
Tous les compositeurs occidentaux ont emprunté quelques plumes colorées, qui au gamelang, qui au zarb ou à la biwa - mais toujours au titre de l'exotisme et afin de mieux affirmer la primauté du langage occidental. Luis de Pablo, lui, emprunte rarement de manière littérale aux traditions extra-européennes. Il n'utilise pas leurs instruments ni leurs gammes : il s'inspire du geste des instrumentistes. Ses mélodies, par exemple, seront toujours travaillées dans leur épaisseur, non pas pour de rigides pleins et déliés, mais comme le fait, avec son souffle, le joueur de flûte shakuhashi.
Par l'instrumentation, l'harmonie, l'usage de micro-intervalles, il obtient toute la souplesse du coup de pinceau d'un calligraphe chinois. Des lignes aux contours variables s'entrecroisent donnant naissance à cette polyphonie complexe, instable, toujours savamment édifiée mais reposant sur le flou d'harmonies détempérées, parfois confuses, jamais tachistes.
Inventif, fantaisiste, poétique, leader de l'école espagnole actuelle, il est aujourd'hui une des personnalités les plus marquantes de la musique. Citons Luis de Pablo : «...Ce qui importe le plus de ne pas perdre, c'est la gourmandise. J'avoue plus volontiers être un hédoniste qu'un analyste.»
D'après José García del Busto et Marc Texier ( Médiathèque de l’IRCAM)
Frondoso misterio, concerto pour violoncelle et orchestre, a été créé le 22 février 2003 à Madrid (Auditorio Nacional) par l’Orquesta Sinfonica Arbos sous la direction de José Ramon Encinar. Composé entre 2001 et 2002, Frondoso misterio est une commande de l’Orchestre Symphonique de Madrid (Orquesta Arbos) pour son centenaire. Il est dédicacé au grand violoncelliste Asier Polo.
« L’œuvre est écrite d’un seul trait et divisée en 7 sections très marquées :
Deciso
Lesto
Intermezzo
Elegia (un sonno)
Ostinato – piccola cadenza
Riassunto
Commiato
Frondoso misterio ("profond mystère") est extrait du poème de Juan Gil-Albert, Corazon penumbroso ("cœur ténébreux"), qui aboutit à la mort symbolisée par une forêt impénétrable.
Malgré tout, l’œuvre n’est ni macabre ni même triste mais elle est mystérieuse. Peut-être la caractéristique la plus prononcée est la parcimonie avec laquelle sont utilisés les intervalles mais celle-ci est compensée par la constante variation de timbre, de rythme et de dynamique. La contradiction délibérée entre les variations constantes, sorte de mouvement perpétuel, et l’immobilité des hauteurs donne au discours sonore un caractère peu commun.
Je rajouterai que ce jeu contradictoire entre le mouvement constant et l’immobilité des hauteurs est quelque chose de plus en plus fréquent dans ma musique. Je ne saurai expliquer pourquoi, je me limiterai donc à le constater et à souligner sa valeur stimulante pour mon imagination. » (Luis de Pablo)
Durée : 29 minutes
Lauréats du Prix d'Art Contemporain
Grand Prix de S.A.S le Prince Rainier III :
Max NEUMANN (Allemagne)
Prix de la Fondation Princesse Grace :
Will COTTON (Etats-Unis)